QUELQUES POINTS D’HISTOIRE À PROPOS la LUTTE ANTI-NUCLÉAIRE EN COTENTIN

Contribution du CRILAN pour le rassemblement du CHEFRESNE 22-24 juin 2012

 


1. QUELQUES POINTS  DE REPÈRES :

A.  ÉTAT DES LIEUX NUCLÉAIRE...

1958 : Retour de de Gaulle au pouvoir qui avec le PCF a mis en place le CEA, ( Commissariat à l’énergie atomique) en 1945.
1959 :
- Début de la construction sur le cap de la HAGUE, de l’usine d’extraction de plutonium ( appelée improprement “usine de retraitement des combustible s irradiés”) par le CEA pour les besoins de la bombe A.
- Conversion de l’arsenal de Cherbourg pour la construction des sous marins à propulsion nucléaire et stockage de combustibles irradiés des réacteurs PWR.
1967 :
- Début du fonctionnement industriel de l’usine de la Hague à partir des combustibles irradiés des centrales graphite-gaz.
- Le CEA confie à INFRATOME, toujours sur le site de la HAGUE, malgré l’opposition des élus des communes voisines, la construction d’un centre de stockage en surface de déchets de faible et moyenne activité. ( Appelé aujourd’hui Centre de stockage Manche-CSM)

1974 :
- Projet de construire 4 réacteurs PWR à Flamanville ( 4X 1300 mégawatts). Début des travaux en 1977. 2 seront finalement construits.
1976 :
- Début de fonctionnement d’UP2 400 pour la COGEMA, issue du CEA, sous     statut privé, pour le commerce international mais qui reste d’État.
1978: L’ANDRA se substitue à INFRATOME qui disparaît.
1980 :
-Enquête publique pour l’extension de l’usine de la HAGUE (X4) : UP2 800 pour EDF et UP3 pour les besoins des pays étrangers (Allemagne, Japon, Belgique, Italie, Pays-Bas...)
1986 :
- Début de fonctionnement des 2 réacteurs PWR de 1300 mégawatts de   Flamanville.
1989-1991 :
- Début de fonctionnement des 2 nouvelles usines de la Hague de capacité 1000 tonnes/an chacune.
1991 :
Tentative d’installer un centre de stockage de déchets de haute activité à BARFLEUR (Val de Saire).
L’ANDRA devient indépendant du CEA.
2003/2004 :
Projet EPR sur le site de Flamanville qui sera choisi pour la construction d’un prototype. Enquête publique en 2006 ; début de la construction en 2007-retards de 4 ans à ce jour (2012) reconnus par EDF.

B. ETAT DES ORGANISATIONS ANTI-NUCLÉAIRES :


°1973 : Création du Comité contre la Pollution Atomique dans la Hague ( CCPAH) à l’initiative de militants de “l’École Émancipée” et des Paysans travailleurs, après le blocage à l’automne 1992 d’un camion de transports de déchets nucléaires depuis la SALINE( alors terminal ferroviaire pour le CEA) à Equeurdreville. Le CCPAH s’est auto-dissout en 1983. Certains de ses membres ont rejoint plus tard GREENPEACE.

° 1975 : Création du CRILAN ( Comité Régional,d’information et de lutte antinucléaire, à partir du comité de base de Flamanville, s’élargit en une fédération de 25 à 30 comités locaux surtout dans la Manche et le Calvados. Le CRILAN de Flamanville se déclare en 1980. Il a succédé, dans les faits au premier CRILAN, et est resté alors au début des années 80, la seule association antinucléaire. Très divers sociologiquement ( enseignants, étudiants, paysans, pêcheurs...) , syndicalement et politiquement . S’y côtoyaient, des gens du PS ( Jusqu’en 1981), du PC (jusqu’en 1979), du PSU, de la LCR, des Mao, mais aussi des militants CFDT, CGT et... beaucoup plus de non encartés!
Le CRILAN n’a jamais été la courroie de transmission d’un quelconque parti, même si certains militants se sont engagés à Écologie et Autogestion ( PSU) ou d’autres à ECOLOGIE 78, pour les Législatives de 1978, en bonne entente. Ils ont obtenu les meilleurs scores de France ( De 8,5 à 12,68%). Certains ont alors contribué à la création des VERTS en 1983-1984 dont la lutte antinucléaire, civile et militaire était fondatrice avec la réduction du temps de travail et l’écogestion.
Aujourd’hui, 37 ans après, le CRILAN continue la lutte en Nord Cotentin sans se considérer comme propriétaire de celle-ci.
De nombreux acteurs du début ont disparu : parmi ceux de la  génération la plus ancienne, beaucoup sont décédés ; d’autres, sans changer d’opinion, ont abandonné pendant ces décennies, le militantisme, mais réapparaissent sporadiquement lors des “grands événements militants.” Aujourd’hui parmi les 14 administrateurs du CRILAN, une   petite moitié a participé au début de la lutte, certains étant à cette époque collégiens ou lycéens..
° 1986 : Après Tchernobyl, certains militants du CRILAN (CAEN, notamment) , avec des scientifiques choisissent de se consacrer à la création de l’ACRO (Association de Contrôle de la radioactivité dans l’Ouest), comme la CRII-rad dans la vallée du Rhône et quittent le CRILAN.
° À partir de la fin des années 80, se créée le groupe de Greenpeace Cherbourg qui avec l’aide de GP national et international multipliera les actions spectaculaires.( tuyau du rejet de la Hague , pénétrations sur le chantier EPR, occupation de la plate-forme en mer du chantier EPR etc...)

2. LA RECHERCHE D’ALLIANCES :


1976 : Accord avec l’Union régionale CFDT de Basse Normandie alors contestataire : opposition aux réacteurs de Flamanville, à la privatisation statutaire de l’usine de la Hague à des fins commerciales et pour des rejets zéro de l’existant.
1978 Accord entre les associations ( dont les Amis de la terre), les syndicats (CFDT- CGT) et les partis ( P.S., PCF,PSU) contre les transports de combustibles irradiés étrangers.
2004 : Le CRILAN a été à l’initiative de la création du collectif régional “L’EPR, non merci, ni ailleurs, ni ici”, devenu en 2011, “la coordination antinucléaire Basse Normandie”, ce collectif regroupant associations ( Crilan, GP, Grape, Comités anti-THT...)syndicats (Sud Education,Sud retraités, Confédération paysanne...),politiques ( Verts devenus EELV, NPA, Gauche alter, Gauche autrement, Parti de Gauche, Alternative libertaire...) et des individuels.
Lancement de comités anti-THT, avec la Confédération paysanne, contre la ligne Cotentin-Maine, point faible du projet EPR, en Mayenne, Ille et Vilaine et Manche qui se sont ensuite autonomisés.

3. PRINCIPALES ACTIONS LÉGALES OU LÉGITIMES:


1975 : Manifestation du CRILAN ( 5 à 7000 personnes) à Flamanville.
1976 : Manifestation CRILAN-UR-CFDT : 10 000 personnes devant l’usine de la HAGUE.( Avant la grève de trois mois des personnels).
1977 (février)occupation pendant un mois du site de Flamanville, à l’initiative du CRILAN, pour empêcher le début des travaux. Reprise du site par les gendarmes mobiles début mars.

Démontage par les militants de 400 mètres de grillages installés sans permis de construire par EDF.
1979/1980: fortes oppositions, blocages de rues et de voies ferrées ( 7000 personnes) dans Cherbourg et Equeurdreville par le collectif d’organisations contre l’arrivée au Port de combustibles japonais..
1980 : rassemblement de 20 000 personnes à la Hague, organisé par le CCPAH.
1981 : Blocage d’un train de déchets en provenance de la centrale allemande de BIBLIS, en gare de MÉZIDON par le CRILAN et l’UR-CFDT pendant 2 jours. Retour du train en Allemagne ( le seul de l’histoire de la lutte!). Notre objectif était la lutte contre la prolifération, donc l’extraction du plutonium à des fins civiles et militaires.
1981 à 1983 : occupation de grues sur le port de Cherbourg contre l’arrivée de combustibles suédois et Japonais par le CCPAH avec le CRILAN.
1992 : Greenpeace, en mer, et le CRILAN, à terre s’opposent devant 2000 militaires,( half tracks, bateaux de guerre) au retour de 1,7 tonne de plutonium au Japon dont ils demandent “ le gel” sous contrôle international.
avril 2006 : à la demande du CRILAN, alors membre du Réseau SDN, avec le soutien du collectif régional “l’EPR, non merci” et le Réseau Sortir du Nucléaire, rassemblement de 25 à 30 000 personnes à CHERBOURG et débats pendant deux jours contre l’EPR et la relance du nucléaire.

4. LA RÉPRESSION :

Certains militants ( notamment au titre de la loi scélérate anti-casseurs) ont été inculpés plus de ...10 fois avec amendes et prison avec sursis.

5. ACTIONS JURIDIQUES :

 

  • 1978 : Annulation du permis de construire et de la concession d’endigage de Flamanville par le tribunal administratif de Caen.
  • 1981 : annulation du décret d’installation des couloirs de lignes ( Comité contre les couloirs de lignes et Crilan). Arrêt de 8 mois des travaux, ré-autorisés par le Conseil d’État.
  • En janvier 1999, mise en examen de COGEMA pour mise en danger de la vie d’autrui dans l’affaire du stockage illégal de déchets étrangers. Perquisition à son siège parisien ( une première en France!), ce qui a accéléré le retour de ces déchets dont il est logique que les producteurs d’État ( en France) ou privés ( en Allemagne, au Japon etc...) doivent stocker chez eux, en sub-surface et non en profondeur ( ni à Gorleben, ni à Bure, etc...). Logiquement, le CRILAN ne s’est jamais opposé aux retours, mais a très souvent attiré l’attention sur les risques masqués de ces transports.
  • Recours en cours à ce jour contre les rejets de Flamanville et contre le projet de THT Cotentin-Maine, contre ICEDA au Bugey avec un collectif d’associations dont SDN Cornouaille

6.INFORMATION : Publications de brochures et journaux ( Petit Cafard des falaises, CRILAN info ) depuis le début de la lutte. Conférences près de scolaires, écoles lycées etc...

7. Participation aux commissions locales du Nord Cotentin et notamment au groupe de travail post Fukushima sur les risques des installations du Nord Cotentin.

8. Implication utile dans les luttes en France, en Europe et jusqu’au JAPON, à l’invitation des mouvements locaux :

  • Contre les projets de centrales nucléaires: notamment en Bretagne, Le Pellerin, Plogoff, Plouezec, St Jean du Doigt, Le Carnet, mais aussi à MALVILLE, Golfech, Marcoule ( contre MELOX);
  • Contre les projets de stockage de déchets nucléaires en profondeur, en France: St Priest-La-Prugne, Ain, Aisne, Segré, Deux Sèvres, Fougères, Barfleur, Auriat, Le Gard, avec succès et à Bure où les travaux continuent.
  • Aide à la lutte contre l’extraction de l’uranium au Niger avec des membres de Targuinca,
  • Contre les contrats étrangers de retraitement : au Japon, en 1977, en Suède en 1983, aux USA, en 1998 et 2010, en Allemagne, à Gorleben et Wackersdörf (années 90 à 2000), avec arrêt du retraitement en 2005

On peut analyser l’activité du CRILAN, pendant ces décennies, dans le secteur nucléaire le plus concentré de France et à vocation internationale :

  • comme un échec si on s’en tient à l’achèvement de la construction des 2 premiers réacteurs de Flamanville et l’extension de l’usine de retraitement extraction de plutonium de la HAGUE
  • Mais aussi considérer qu’à Flamanville, à ce jour, 2 réacteurs sur les 4 programmés ont été réalisés, même si la construction du 3ème, l’EPR, continue, qu’une usine sur deux, fonctionne à la Hague, grâce notamment à notre contribution à la décision d’arrêt du retraitement par les pays étrangers.


Au front depuis très longtemps, nous nous félicitons que de nouvelles forces antinucléaires apparaissent face à la pieuvre du nucléaire, en espérant qu’elles auront à coeur d’élargir toujours plus les luttes, dans le respect de la diversité  . La lutte contre l’EPR et ses lignes reste une priorité.


Pour le CRILAN,
Le 16 juin 2012
Didier ANGER